Universités : le délaissement de l’enseignement supérieur français.

Un amphithéâtre de l'université Toulouse 3 Paul-Sabatier - Sud Toulousain

Les faits
Alors que les crises étudiantes localisées deviennent de plus en plus récurrentes en France, Toulouse, deuxième ville étudiante de France, n’en est pas moins épargnée par la crise de l’enseignement supérieur français. Comme en peuvent témoigner la grève des enseignants de psychologie à l’Université Toulouse II Jean Jaurès pendant tout le mois de septembre, ou encore celle des enseignants de STAPS (études sportives) à l’Université Toulouse III Paul Sabatier qui se poursuivra encore à la rentrée en novembre et dure déjà depuis début octobre.
Il est à noter que ces mouvements de protestation enseignante sont très largement rejoints par les étudiants eux-mêmes. Sans oublier les complicités des administration et présidence de chacune de ces universités.

Les raisons
Comment se fait-ce que les deux plus grosses universités toulousaines (environ 30000 étudiants chacune) dotées pourtant de gros moyens connaissent de telles protestations ?
Pourtant nous ne sommes pourtant pas en plein débat d’une énième réforme gouvernementale, aucun événement majeur extérieur ne vient perturber le déroulement routinier et serein des cours (gauchistes, zadistes et autres hurluberlus). L’Université Toulouse II Jean Jaurès (ex-Mirail) a même été reconstruite intégralement, des bâtiments neufs sortent de terre tous les six mois depuis 2014 et est presque achevée. De l’Université la plus délabrée et insalubre, elle est devenue l’Université la plus flambant neuve, d’une architecture moderniste, de parkings souterrains, de nouveaux espaces verts flamboyants agrémentés de ruisseaux artificiels. Bref, le partenariat public-privé (participation de Vinci) n’a pas lésiné sur les moyens entrepris à cette reconstruction.

Mais tout simplement parce que l’enseignement supérieur, en crise depuis tant d’années par négligence gouvernementale, par manque de moyens consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche, commence réellement à craquer ! L’explosion de la démographie étudiante due au rabaissement du niveau du baccalauréat, couplé à l’augmentation considérable de la démographie de la région toulousaine, a jeté quantité de nouveaux étudiants dans les facs toulousaines. Beaucoup de ces étudiants n’ont pas le niveau requis et échouent souvent pour la moitié d’entre eux dès la première année. Finalement seulement un quart environ des étudiants inscrits en première année parviennent à être diplômés d’une licence (Bac +3). C’est donc un gâchis permanent de plus en plus important, une course en avant folle pour recruter sans cesse des nouveaux enseignants, construire, agrandir des universités, et cætera.

En effet il est de tradition depuis des décennies par nos gouvernements successifs de gauche, comme de droite, de dénigrer l’enseignement professionnel, puis ajouté à cela une idéologie crasse d’égalitarisme, particulièrement portée par les gouvernements de gauche dont celui actuellement en place. Vouloir faire une Nation de diplômés est absurde, avoir comme objectifs d’obtenir des classes de générations entières diplômées du baccalauréat, en rabaissant le niveau de sorte à ce que tout le monde l’obtienne, est tout aussi stupide. Ce diplôme historique, symbole du mérite républicain est désormais un diplôme banal, dévalorisé de lui-même, avec une reconnaissance amoindrie. Quant aux étudiants désillusionnés, mal orientés, abandonnent pour une grande partie dès la première année, leurs études, sans aucune formation ou qualification professionnalisante. Et pour celles et ceux qui continueraient leurs études, combien d’entre eux s’engouffrent dans des filières aux débouchés justement bouchés, que l’on peut très honnêtement qualifier de  filières « chômage ». C’est une réalité nationale qui ne semble émouvoir en tout cas le gouvernement de M. Valls, ni sa Ministre de l’Education Nationale Mme Vallaud-Belkacem et encore moins le chef de l’Etat M. Hollande. On laisse pourrir la situation d’année en année en sacrifiant des classes d’âges entières sur le carreau et en bafouant le principe méritocratique républicain.

Les solutions
Tout premièrement, arrêtons, arrêtons de distribuer le baccalauréat, fût-il général, technologique ou professionnel, tel une pochette surprise. Relançons notamment l’apprentissage et les voies professionnelles par l’entreprise ! Et revalorisons la voie générale du secondaire permettant ainsi moins d’échecs à l’avenir dans l’enseignement supérieur.
Réformons les modes d’admission dans les universités française car actuellement le modèle universitaire français n’est plus viable du tout. Tous les bacheliers (des filières générales) peuvent s’inscrire dans la formation de leur choix de l’université de leur choix. Ce qui n’est plus soutenable, les effectifs craquent, les moyens ne peuvent plus suivre, pour finalement se retrouver avec moins de la moitié d’admis étudiants en deuxième année. D’ailleurs nombres d’universités française ou de formations obtiennent désormais des dérogations pour sélectionner elles-mêmes leurs étudiants, parfois par tirage au sort (mettant à terre au passage totalement notre modèle méritocratique) tant les demandes sont sans cesse plus importantes. Inspirons nous donc du modèle espagnol ou allemand, où chaque université sélectionne dès la première entrée par le biais de concours ou de tests les nouveaux étudiants sortant du secondaire. Ce moyen a le mérité de limiter les échecs futurs et par conséquent de réorienter le plus tôt possible les étudiants les moins aptes aux choix qu’ils ont formulé.

En somme, les méthodes, les solutions sont connus des politiciens au pouvoir. A appliquer cela couterait moins cher à moyen et long terme à l’Etat et donc au contribuable français. Seulement mettre en œuvre une telle politique réellement efficace en faveur de la jeunesse et de la formation demande du courage politique et un minimum de compétences, ce que visiblement, nos ministres et même nos députés de la majorité, ne sont pas dotés… On voit hélas que des solutions court-termistes sont toujours privilégiées à l’instar de l’intention gouvernementale récente de vouloir étendre l’allocation du RSA aux moins de 25 ans n’ayant jamais travaillé, des solutions en somme plus électoralistes. Ainsi on ne subit pas en réalité une démographie étudiante toujours plus croissante, mais de mauvais choix politiques.

Crédits photo :  © Lydie Lecarpentier / R.E.A

Le Sud Toulousain

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